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un demi-siècle à peine, la famille a accompli sans
tapage une véritable révolution. Déclin du mariage,
croissance de l'union libre, fragilisation des couples,
développement des familles recomposées : la famille des
années 2005 est loin de ressembler à celle des
lendemains de la seconde guerre mondiale. Pour analyser
les mutations qui se sont produites en moins de deux
générations, le président de l'Assemblée nationale,
Jean-Louis Debré, a créé, il y a un peu plus d'un an,
une mission d'information présidée par l'un des artisans
du pacs, le député (PS) de Paris Patrick Bloche. Dans le
document final, qui comporte plus de 400 pages, Valérie
Pecresse, rapporteure de la mission et porte-parole de
l'UMP, dresse le portrait des familles d'aujourd'hui.
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Bibliographie |
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— Couple, filiation et
parenté aujourd'hui, Irène
Théry, éditions Odile Jacob/La
Documentation française, 413
pages. — "Naître hors
mariage", Francisco Munoz-Pérez
et France Prioux, Population et
sociétés, nº 342, janvier 1999.
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Le recul du mariage. Au fil des décennies, le
mariage n'a cessé de décliner : alors qu'en 1970 les
maires célébraient près de 400 000 mariages, ils en ont
recensé à peine 280 000 en 2005, ce qui représente une
baisse de 30 %.
"Le déclin de la nuptialité n'est pas
lié à un véritable rejet du mariage, même si pèse
indéniablement sur l'institution, surtout dans les
années 1970, l'image traditionnelle du "mariage
bourgeois", analysait en 1998 le rapport de la
sociologue Irène Théry, "Couple, filiation et parenté
aujourd'hui".
Plus fondamentalement, c'est la place
sociale de l'institution matrimoniale qui a changé avec
la transformation des représentations du couple : le
choix de se marier ou non devient une question de
conscience personnelle."
Lorsqu'ils se marient, les couples se décident
d'ailleurs de plus en plus tard. L'âge moyen lors de la
célébration a augmenté de près de six ans depuis 1970 :
il est désormais de 28,8 ans pour les femmes et de 30,9
ans pour les hommes.
Aujourd'hui, beaucoup de couples choisissent l'union
libre, qui est "plus fréquente et dure beaucoup plus
longtemps qu'auparavant", souligne le rapport de la
mission parlementaire. Pour l'immense majorité d'entre
eux, cette forme de conjugalité inaugure la vie à deux :
neuf couples sur dix ont débuté ainsi contre seulement
un sur six au début des années 1970. "L'union libre
devient une forme de vie commune parfaitement balisée,
qui ne concerne plus seulement une population marginale
ou très jeune, mais qui est, au contraire,
particulièrement répandue chez les hommes et les femmes
qui ont déjà fait l'expérience d'une rupture d'union",
souligne le rapport de la mission.
Parallèlement, le pacte civil de solidarité (pacs)
s'est peu à peu imposé comme une forme de conjugalité à
part entière : depuis sa création, en 1999, près de 170
000 pactes ont été signés.
La fragilisation des unions. Entendue par la
mission parlementaire, France Prioux, directrice
d'études à l'Institut national d'études démographiques
(INED), constate que "l'instabilité conjugale
s'accroît dans toutes les catégories d'union".
Aujourd'hui, la France recense ainsi 42 divorces pour
100 mariages, contre seulement 12 divorces pour 100
mariages en 1970. Parmi les premières unions débutées
vers 1990, qu'elles aient ou non pris la forme du
mariage, 15 % ont été rompues dans les cinq ans, près de
30 % dans les dix ans.
En 1998, le rapport d'Irène Théry attribuait cette
instabilité, non à l'"irresponsabilité" des
couples contemporains, mais à un double phénomène :
l'"effet vérité" de la moindre stigmatisation du
divorce, qui conduit à l'échec beaucoup d'unions
malheureuses qui auraient perduré au temps du mariage
indissoluble, et l'exigence plus grande à l'égard du
conjoint, qui implique le refus de situations subies
autrefois comme des fatalités (alcoolisme, violences,
etc.).
L'augmentation des naissances hors mariage.
Aujourd'hui, constate le rapport de Valérie Pecresse,
"le mariage n'est plus considéré comme un préalable
indispensable pour accueillir un enfant". En 2005,
48,3 % des enfants sont nés au sein d'un couple qui a
choisi l'union libre, contre seulement 7 % en 1970. Pour
les aînés — le mariage des parents survenant souvent
après le deuxième ou le troisième enfant —, les chiffres
sont plus élevés encore : en 2005, près de 60 % d'entre
eux sont nés hors mariage. "Ce qui était un événement
contraire aux normes sociales est devenu un événement
banal", résumaient, en 1999, Francisco Munoz-Pérez
et France Prioux dans la revue Population et sociétés
("Naître hors mariage", janvier 1999).
Dans l'immense majorité des cas (92 %), ces bébés
sont reconnus par leur père. "Le fait de naître hors
mariage a rarement une influence sur la filiation des
enfants, constate le rapport de la mission
parlementaire. La naissance hors mariage n'entraîne pas
réellement de différence dans l'éducation et la vie des
enfants." En 2004, le garde des sceaux, Pascal
Clément, avait pris acte de ce bouleversement des
mentalités en supprimant, dans le code civil, la notion
même d'enfants "légitimes" (nés de parents mariés) et
"naturels" (nés de parents non mariés). "Désormais,
quelle que soit la situation juridique du couple, c'est
la naissance d'un enfant qui crée socialement la
famille", résumait déjà, en 1998, le rapport Théry.
La France, où près de la moitié des enfants naissent
hors mariage, est l'un des pays européens où le déclin
du modèle traditionnel est le plus fort : en Allemagne,
au Portugal, en Belgique, en Espagne, plus de 75 % des
enfants naissent encore au sein d'un couple marié. En
Italie ou en Grèce, c'est le cas de plus de 90 % des
enfants.
La croissance des familles monoparentales et
recomposées. Avec l'augmentation des séparations, la
fin du XXe siècle a vu croître les familles
monoparentales et les familles recomposées. En 1999,
selon l'INED, plus d'un enfant sur cinq (trois millions
au total) ne vivait pas avec ses deux parents.
Dans la grande majorité des cas (63,2 %), ces enfants
vivent avec leur mère. "A cause du temps qui sépare
une rupture de la constitution d'un nouveau couple et du
fait de la moins grande fréquence de la "remise" en
couple des femmes séparées ayant la charge de leur
enfant, les enfants vivant en famille dite
"monoparentale" sont nettement plus nombreux que ceux
qui vivent avec un parent et un beau-parent",
remarque le rapport parlementaire.
En une quarantaine d'années, la part des familles
monoparentales a presque doublé : elles représentaient
18,6 % des familles en 1999 contre 9,4 % trente ans
auparavant. "Les enfants élevés seulement par leur
mère sont certes plus nombreux, mais le père existe
puisque 95 % des enfants nés hors mariage sont reconnus
par leur père, souligne la rapporteure, Valérie Pecresse.
Après la séparation des parents, plus de 40 % d'entre
eux voient leur enfant au moins une fois par mois."
Les familles recomposées sont plus rares : sur les 3
millions d'enfants qui ne vivent plus avec leurs deux
parents, 28,2 % (800 000) partagent leur quotidien avec
un beau-parent et, parfois, des demi-frères ou
demi-soeurs.
Les familles d'aujourd'hui. La famille des
années 2000 se forme plus tard — l'âge moyen des mères
au premier enfant frôle désormais les 30 ans —, elle
compte de plus en plus souvent un ou deux enfant (s) —
8,3 % des enfants sont issus d'une fratrie de trois ou
plus, contre 16,4 % en 1968 —, mais le désir d'enfant
demeure encore très fort : l'indice conjoncturel de
fécondité (1,94 enfant par femme) place la France au
second rang de l'Europe des Vingt-Cinq, juste derrière
l'Irlande. Les profonds bouleversements de la structure
familiale enregistrés depuis les années 1970 n'ont donc
pas entamé l'étonnant dynamisme démographique de
l'Hexagone.
Cette vitalité, qui tranche avec l'atonie de nos
voisins allemands, espagnols ou italiens, prospère dans
un univers très particulier : en France, plus de 80 %
des femmes âgées de 25 à 49 ans travaillent. "En Europe,
la France présente la particularité d'associer une
fécondité dynamique et un niveau élevé de participation
des femmes au marché du travail", résume le rapport de
la mission parlementaire.
Malgré cet investissement professionnel massif, les
femmes continuent à assumer les deux tiers du travail
domestique et des tâches de soins : elles y consacrent
en moyenne deux fois plus de temps (cinq heures par
jour) que les hommes. "Finalement, quelles que soient
les évolutions visibles, la répartition des tâches au
sein de la famille continue à suivre très
majoritairement un modèle traditionnel", conclut le
rapport de Valérie Pecresse.