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Session ordinaire de
2000-2001 - 49ème jour de séance, 116ème séance
2ème
SÉANCE DU MARDI 16 JANVIER 2001
PRÉSIDENCE
de M. Raymond FORNI
PROPOS TENUS À
L'ENCONTRE D'UN MAGISTRAT
M. François d'Aubert - Madame la Garde des Sceaux,
la semaine dernière, au terme de sa détention provisoire, M. Jean-Christophe
Mitterrand relayé par les membres de sa famille, s'est livré contre un
magistrat, juge d'instruction dans une affaire le concernant, à des attaques et
des injures d'une extrême gravité : évocation d'un magistrat qui
« sue la haine », qui « manifeste une hostilité poisseuse »,
sans oublier la caution qualifiée de « rançon », comme si M. Mitterrand
était l'otage de la justice française... Ces attaques grossières et
insultantes ont suscité l'indignation de la magistrature et de tous ceux pour
qui le respect de l'institution judiciaire est un pilier de la justice et de la
démocratie. Délibérés, concertés en famille, médiatisés, les propos de M. Mitterrand
semblent, hélas, constituer un véritable système de défense, destiné à
faire pression sur un juge pour obtenir l'annulation de la procédure, voire le
dessaisissement du magistrat. Il sert aussi à cacher l'essentiel :
l'implication de M. Mitterrand dans une affaire de vente d'armes qui a
alimenté en Angola une guerre civile meurtrière et abouti -c'est l'aspect le
plus sordide- au dépôt de 13 millions de francs sur un compte en Suisse.
Tenu à l'obligation de réserve, un juge attaqué et injurié
n'a pas les moyens de se défendre. Or c'est un devoir, prescrit par l'article 2
du statut de la magistrature, pour le Garde des Sceaux de défendre l'honneur
des magistrats. Il vous revient donc de demander au Parquet général d'engager
des poursuites contre les auteurs de ces attaques. Qu'attendez-vous pour le
faire ? Ne laissez pas interpréter votre silence ou votre éventuelle
passivité comme une sorte de quitus aux déclarations injurieuses et déplacées
de la famille Mitterrand ou comme la volonté de lui accorder une protection
particulière, alors que pareils propos contre la justice de notre pays et
contre l'indépendance et l'intégrité d'un magistrat, proférés par n'importe
quel autre citoyen, seraient immédiatement poursuivis (Applaudissements sur
les bancs du groupe DL, du groupe UDF et du groupe du RPR).
Mme Marylise Lebranchu, garde des sceaux, ministre de la
justice - Vous avez fait référence à des propos tenus par presse
interposée. Beaucoup de personnes, y compris présentes ici, ont eu à cet égard
des phrases dures. J'ai choisi de ne pas prendre le même chemin et d'éviter de
contribuer à une médiatisation excessive, au détriment de la sérénité et
de l'apaisement nécessaires à cette affaire comme aux autres. Je ne vous
suivrai donc pas, d'autant que vous vous
saisissez d'un aspect de cette affaire parmi d'autres. L'indépendance de la
justice existe déjà dans les faits et dans l'esprit des citoyens (Interruptions
sur les bancs du groupe DL, du groupe UDF et du groupe du RPR).
J'ai choisi de recevoir des représentants des magistrats
instructeurs, de discuter avec eux de ce qu'il convient de faire devant l'hypermédiatisation
de certaines affaires, parce que les magistrats font un travail difficile. Ils
ont besoin de respect et de sérénité. Aussi le Garde des Sceaux doit-il éviter,
par des propos repris dans la presse, de concourir à créer une ambiance déstabilisante
pour nos magistrats.
Avec force, je protégerai les magistrats (Exclamations sur
les bancs du groupe DL, du groupe UDF et du groupe du RPR). Je condamne tout
propos inacceptable.
Ces affaires représentent 0,01 % des activités de notre
justice. Les citoyens, pendant ce temps, nous demandent d'assurer aussi la
justice de proximité. Gardons-nous, par une polémique politicienne (Mêmes
mouvements), de déstabiliser la justice, garante de la démocratie (Applaudissements
sur les bancs du groupe socialiste).